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TANGERINE DREAM: Quinoa (1992-2009) (FR)

  • Writer: Sylvain Lupari
    Sylvain Lupari
  • Aug 23, 2010
  • 4 min read

“Pas ce que je décrirais comme un coup de génie, Quinoa reste tout de même un album très honnête dans ces années”

1 Voxel Ux 12:01 2 Quinoa 28:27 3 Lhasa 9:49 Membran 232644

(CD 50:17) (Zen Music, Electronic Rock, New Berlin School)

Voilà un album qui a fait couler beaucoup d'encre. Certains fans diront; l'album de la trahison! Et je me souviens très bien de la réaction de deux amis lorsqu'ils ont constaté que QUINOA n'était plus un titre exclusif aux membres du fan-club de Tangerine Dream. Mais le monde du Dream; du fondateur à la gérance et au marketing, étant à la fois l'apanage du mercantilisme, et surtout de l'aveuglement systématique d'une légion de fans inconditionnels qui buvait de cette musique, peu importe les goûts, avait les coudées franches pour exploiter leur musique à toutes les fins et leurs fans parce que la fin justifie les moyens. Ainsi, la première raison d'être de QUINOA se perdra dans deux rééditions qui annihileront à jamais sa valeur sentimentale. Chronologiquement, cet album est apparu sur les radars en 1992 sur un label Allemand très obscur. Pressé en 1 000 exemplaires, il flirtait avec la barre des 30 minutes et était destiné aux membres et futurs membres du fan-club de Tangerine Dream. Les quelques CD restant ont été vendu lors de la tournée de concerts en Allemagne en 1997. À l'été 1998, le management de Tangerine Dream rééditait ce QUINOA sur leur nouveau label Tangerine Dream International. Cette nouvelle édition comprenait deux titres en bonus: Voxel Ux, qui fut originellement composé pour le gagnant d'un concours pour le site officiel de TD en 1996, et Lhasa, un titre ambiant qui sera le premier mouvement du cycle Tibétain du Dream et qui allait connaître son dénouement avec l'album The Seven Letters From Tibet. Et finalement, QUINOA allait renaître en 2009 avec une nouvelle enveloppe lors de la méga sortie d'une 60taines de CD en format digipack du label Allemand Membran. Si on suit l'histoire, les membres du fan-club et le gagnant du concours ont été berné. Et la musique dans tout cela?

Tout d'abord, parlons de Quinoa la pièce titre qui s'avère être un bon reflet des étapes de Tangerine Dream entre 80 à 90. Sobre l'intro est agitée de cette structure sonore qui personnifie l'entité du Dream des années 90; boîte à rythmes, synthé aux nappes enveloppantes mais à l'âme absente et dont les minces charmes sont noyés dans les souffles d'un sax très éthéré et des vocalises tellement mécaniques qu'elles sont insipides et ennuyantes. Vers la 6ième minute Froese et Co libèrent ce qu'on appelle un bridge, soit un segment musical en suspension qui sert de passages entre deux modifications des structures. Cette deuxième phase de Quinoa (8:40) anime le mouvement avec une phase plus dans le genre rock électronique qui sera exploitée avec un peu plus de mordant sur 220 Volt Live (Two Bunch Palms). Et ainsi défile les 28 minutes de la pièce-titre. De structures mielleuses (quasi ambiantes) à des structures plus dynamiques, le tandem père/fils Froese démontre qu'il peut s'embarquer dans de longues structures musicales qui ne sont que l'ombrage des grandes œuvres d'antan. Pourtant le potentiel est là; structures ambivalentes, rythmiques lourdes et belles tentatives de mouvements séquencés à la Franke. Mais le tout est aseptisé par des strates d'un synthé en panne d'émotivité, des souffles d'un sax qui ne sont que du collage à répétition et des boîtes à rythmes qui démontrent l'immaturité de Jerome qui frappe là où il ne faut pas et qui ne frappe pas là où il le faudrait bien. Et pourtant le passé du Dream rattrape Quinoa avec des synthés aux sonorités philharmoniques (parfois on croirait sentir les souffles de Rubycon) sur des passages aux lourdes batteries de Franke. Mais le tout tombe à plat parce qu'on a l’étonnante (et fatigante) impression que nos oreilles nagent entre des sessions d'Optical Race, Melrose et Rockoon. C'est pas vraiment mauvais, ni vraiment bon. Mais c'est froid et vide. Un peu comme du vite fait alors qu'avec un peu plus de temps (de passion?) Quinoa aurait pu facilement devenir un tournant dans cette édition père/fils du Dream. On s'en lasse assez facilement, surtout après avoir entendu Two Bunch Palms sur 220 Volt Live, mais c'est un joli effort d'Edgar et de Jerome qui en bout de ligne signent ici une œuvre assez décente dans le répertoire des années TDI.

Après l'hésitante introduction moulée par les tintements d'un délicat piano artificiel, Voxel Ux plonge dans les tumultes électroniques de Rockoon et Goblins Club avec des guitares rageuses dans une approche tout de même moins rock électronique. Le tempo devient plus dramatique avec une intensité accrue des accords qui tergiversent continuellement entre le rythme pur et dur et la mélancolie. Une belle dualité qui respire ce que le Dream offre depuis ses années Melrose. C'est beau et bien fait, mais c'est aussi très mécanique et sans vraiment de profondeur artistique puisque tout ce qu'on y entend est déjà passé dans les sillons des œuvres postérieures aux années Melrose et antérieures à Tyranny of Beauty. Sauf que ça reste un titre assez intéressant au niveau des modulations et des permutations des structures, sans oublier que la ligne de basse est assez solide. Un bon titre! Lhasa est un beau titre ambiant qui servira de tremplin à Seven Letters from Tibet. Un titre très New Age avec un jeu de synthé aux nappes sobres qui commandent une période de méditation.

Repris et redistribué par le label Membran, QUINOA est l'album de transition par excellence de Tangerine Dream, années Edgar et Jerome Froese. Un bel album, faut être honnête, qui ne se compare en rien avec ce que le Dream a maintes fois offert (faut savoir en revenir) mais qui est nettement plus musical que Rockoon et autres perplexités musicales des années Melrose et Seattle. J'ai bien aimé, mais il me semble qu'avec un peu plus d'émotions QUINOA aurait été nettement plus incisif, plus mordant. En lieu et place, nous avons un album qui ressemble bien plus à du collage de structures déjà mâchées à quelques reprises, mais dont Edgar en aurait extrait les meilleurs racines. Et des fois, trop c'est comme pas assez!

Sylvain Lupari (23/08/10) ***½**

 
 
 

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